Auteure, facilitatrice, passeuse… Elisha nous partage son amour et son élan à prendre soin de la Création et nous offre un extrait parlant de son ouvrage “La Sourcière de Dieu” qui est un véritable plaidoyer pour le Vivant. On y écoute avec émoi Justine, l’héroïne de son roman, déployer une vision proprement écospirituelle face à ses juges lors de son procés pour sorcellerie…
Depuis ma plus tendre enfance, et peut-être avant !, je suis une amoureuse du Vivant, des rochers, des broussailles, des abeilles, des oiseaux... Les menaces qui pèsent sur le Vivant m'éprouvent terriblement. Ma rencontre avec le Travail Qui Relie grâce à Michel Maxime Egger et Christine Kristof m’a montré un chemin : la Création peut encore être sauvée, à condition que nous changions de regard, que nous nous reconnections en profondeur à tous nos frères, humains et autres qu’humains, afin d’œuvrer ensemble à un monde plus uni, plus conscient, plus aimant !
Enfin, j'écoute beaucoup mes rêves, et c'est d'ailleurs en rêve que m'a été soufflée l'intrigue de mon premier roman, une quête initiatique. Depuis, je continue d’écrire. Si tous mes romans donnent la place du cœur à la Nature et au Sacré, c’est dans mon troisième roman La sourcière de Dieu que l’on peut vraiment sentir l’esprit de ce qui m’amine au plus profond : le lien aux autres, le lien à la Nature Vivante, le lien au Tout Autre.

‣ est autrice de 3 romans, enseignante en sciences économiques et sociales, formatrice d'adultes en gestion mentale. Mais ce qu'elle considère le plus précieux dans sa vie est son engagement de méditante-militante grâce à la facilitation des atliers de Travail qui Relie.
C’est dans mon roman La sourcière de Dieu que l’on peut vraiment sentir l’esprit de ce qui m’amine au plus profond : le lien aux autres, le lien à la Nature Vivante, le lien au Tout Autre.
Contexte :
À travers l’histoire d’une jeune fille vivant au XVII°s dans le Dauphiné, fille négligée d’un petit seigneur local, vivant comme une sauvageonne et recevant l’enseignement d’une vieille femme, sourcière, qui lui apprend à voir et à reconnaitre le sacré partout dans la nature, amenée à vivre plusieurs années dans un couvent, avant de devenir elle aussi une « initiée », guérissant ses prochains par les plantes et venant à prophétiser, ce qui lui vaut d’être accusée de sorcellerie, ce beau roman historique déploie des trésors de sagesse.
Lors de son procès, Justine prononce des paroles d’une intense justesse qui résonne fortement aujourd’hui dans notre actualité planétaire (rapportées par un ami ayant assisté au procés). Nous vous les livrons telles quelles :
—”Elle est culottée, votre amie Justine ! Savez-vous ce qu’elle a dit au magistrat ? Il la questionnait toujours sur ses connaissances sur les plantes, tentant de lui faire avouer que, puisqu’elle n’a pas étudié en la faculté de médecine, elle les tient de sa relation au démon. Elle lui a rétorqué : « Si on fait silence, on découvre, au profond du cœur, une porte qui donne accès à la connaissance. Vous aussi, monsieur le juge, vous pouvez la découvrir. Ce n’est pas réservé aux femmes ! » Ce qui a déclenché une forte hilarité de toutes les personnes présentes, sauf du prévôt, qui est devenu tout rouge. — Seigneur ! Mais ce n’est pas ainsi qu’elle va le disposer favorablement envers elle ! J’étais à nouveau chez Pierre, le greffier. Notre relation devenait chaque jour plus cordiale. J’avais trouvé à me loger chez un de ses voisins en échange de quelques pièces. Je venais régulièrement aux nouvelles, mais les interrogatoires n’étaient pas quotidiens. Enfin, il m’apprit qu’une nouvelle audience avait eu lieu, plus mouvementée celle-là.
— C’est certain. D’autant qu’elle ne s’est pas arrêtée là. Elle est partie ensuite dans une diatribe incroyable. J’ai déjà souvent entendu des accusés se défendre de toutes les manières possibles, et certains maniaient bien la langue française, mais votre amie semblait tout simplement… oh, j’ai envie de dire « inspirée », mais j’ai peur que cela puisse être compris comme « possédée ». Ah… Espérons que ce ne sera pas ce que le prévôt retiendra. Espérons qu’il aura, comme beaucoup, été intrigué par ces paroles étonnantes. Je crains malheureusement que ce ne soit pas le cas… — Mais qu’a-t-elle donc dit ? — Je savais que vous voudriez le savoir, j’ai fait une copie de mes notes… Voilà, je vous les lis. Le prévôt l’interrogeait sur sa manière de prier et, comme elle disait qu’elle priait en contemplant le fleuve ou les montagnes, il m’a enjoint de noter que l’accusée avait des pratiques païennes. Votre amie s’est alors redressée et s’est mise à parler d’une voix… comment la décrire ? Il y avait une assurance, une noblesse nouvelle dans cette voix, dans son corps aussi. Écoutez : « Il n’y a nul paganisme à adorer Dieu dans sa création. Vous avez relégué Dieu dans les cieux alors qu’il est partout ! Prenez garde, bientôt vous n'entendrez plus sa voix dans les sources, dans les bois et dans les rochers et un jour plus personne ne croira en lui ! » Et puis, elle a encore dit ceci :« Vous faites de la Vierge Marie une simple épouse soumise, alors que sa couronne est celle de la Création tout entière ! Elle est la sagesse, la force et la vie dans nos profondeurs ! Son Fiat est soumission à Dieu, modèle pour chacun de nous, alors que vous en faites une soumission de la femme à l'homme ! En vérité, vous avez peur de la puissance de la femme ! De la femme à l’extérieur et de la femme en vous ! Celle qui vous ouvre les portes du mystère. Il vous fait peur, ce mystère, alors vous en fermez l’accès et décrétez qu’il nous faut accéder au savoir par la raison. » Le greffier s’interrompit et me lança un regard en coin, à l’affut de ma réaction. Comme je ne pipai mot, il eut un bref haussement d’épaules. ⇒

La Sourcière de Dieu, d’Elisha Papillon, préface de Michel Maxime Egger, éditions Lazare et Capucine.
“J’ai voulu ainsi montrer que la crise que nous traversons ne se résoudra que par une remise en question, non seulement de nos modes de vie basés sur la course sans fin vers le progrès, mais surtout du sens profond de notre nature humaine, à partir de l’expérience de notre unité ontologique avec tout le Vivant. C’est en renouant avec une vision non-dualiste, de reconnexion profonde avec le Vivant – par la connaissance intuitive, sensorielle, féminine… – que l’humanité pourra retrouver son chemin de conscience.” Elisha Papillon

— Vous ne dites rien. Il y eut un beau remous dans la salle, croyez-moi. Le prévôt était de plus en plus rouge, lui intimant en vain de se taire, puis frappant à toutes forces de son poing sur la Sainte Bible ! Mais la voix de votre amie résonnait plus fortement encore, d’un bout à l’autre de la salle. Quelle séance ! Écoutez donc la suite : « Vous avez décidé d'arracher à la nature tous ses secrets au lieu de vous agenouiller pour rendre grâce devant tant de bonté ! Vous espérez maîtriser un jour toute la connaissance, au lieu de vous émerveiller de ces dons inouïs de notre mère nature, qui inlassablement, depuis sa création, nous nourrit, nous soigne, comble notre âme. Et en vérité votre raison vous ouvrira de plus en plus de portes jusqu'ici scellées. Vous pénétrerez certains mystères, mais à quel prix ! Vous vous croirez bientôt égaux à Dieu et votre soif insatiable de connaissance mènera le monde à sa perte ! Dominer la femme, étouffer la voix des rêves et du cœur profond, écraser la nature ! tel est le credo du monde que vous souhaitez créer ? Et jusqu’où ? Bientôt vous voudrez conquérir le Ciel ! Mais un jour la nature parlera à nouveau, vous criera au visage sa souffrance. Les animaux, les plantes mourront par milliers jusqu'à leur extinction, une espèce après l’autre. Vous déréglerez même les saisons et les lois de l'eau. J'ai vu des tempêtes comme nous n'en avons jamais connu, les feux immenses ravageant des contrées entières, des terres desséchées, où plus aucune vie n’est possible. J'ai vu des hommes et des femmes qui marchent, cherchant en vain des terres plus hospitalières… » Cela s’arrête ici, le prévôt a finalement réussi à la faire taire. Il en appelé à la maréchaussée, ils l’ont bâillonnée et l’ont traînée hors de la salle, l’audience a été suspendue.
J’avais été saisi d’un grand tremblement à l’écoute de ces paroles. Par-delà la voix du greffier, j’entendais la voix de ma Justine, je revoyais ses yeux verts lançant des éclairs lorsqu’elle prenait la défense des chats ou des chiens du domaine que nous malmenions, je me remémorais ses sanglots lorsque nous tuions le cochon à la Saint Martin, surtout je réentendais ses chants, ses chants d’amour lancés aux arbres, à la rivière, aux oiseaux. Elle n’était pas d’hier, son union avec toute la Création. Mais ce que je venais d’entendre allait tellement plus loin encore… — Elle prophétise, lâchai-je finalement dans un souffle oppressé. — Je n’aurais pas osé prononcer ces mots-là, monsieur le curé. Je suis heureux que vous l’ayez fait… Oui, elle prophétise, et je ne suis pas sûr que cela soit en sa faveur…
La nuit qui suivit, je rêvai de Marin Mersenne. Il portait la robe d’apparat du juge et prêtait serment, non sur la Sainte Bible, mais sur l’ouvrage de Francis Bacon, celui-là même dont l’analogie entre la femme et la nature m’avait tant questionné. Devant lui, ma bien-aimée, ma Justine, était ligotée. Elle pleurait, et en même temps, son visage irradiait une telle lumière que je ne pouvais pas la regarder.
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8 -12 avril - Recevoir l'enseignement des abeilles pour le Grand Tournant au monastère Saint Michel du Var (83)

Atelier de Travail Qui Relie avec Elisha Papillon, Christine Le Roy & Sophia Montexier
Les effondrements croissants des pollinisateurs sauvages et domestiques sont une préfiguration d’autres effondrements possibles à venir. Les abeilles nous alertent, elles nous inspirent aussi un chemin possible vers la Conscience, l’Unité. Au cœur de la Création, elles sont totalement au service de la Lumière.
Nous proposons une immersion, corps, cœur, esprit, dans le monde des abeilles avec l’approche sensible de Sophia, gardienne d’abeilles au service du Vivant.
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Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Elisha Papillon
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La Sourcière de Dieu, d’Elisha Papillon, préface de Michel Maxime Egger, éditions Lazare et Capucine

À peine reçu, déjà lu en une soirée et un matin , cet ouvrage prend aux tripes et donne à comprendre et à vivre ce qu'est en profondeur cette reliance naturelle au sacré et à la force de la Vie à laquelle l'écospiritualité tente de nous conduire. Personnages véraces et touchants, intrigue rondement déployée, profondeur et subtilité de l'approche, écriture vivante et apprivoisée... Mais pas seulement…
L’intrigue et les personnages inspirés de faits réels, nous transportent au XVIIème, époque de grands bouleversements intellectuels et des prémices de la “modernité”, mais aussi de grandes violences (guerres des religions, chasse aux sorcières…). C’est une façon, habile, de mettre à distance des problématiques très actuelles tout en en dévoilant les causes profondes : comment conjuguer raison et intuition, nature et culture, le corps et l’esprit, la sagesse de la nature et la soif de Dieu…? A travers chacun des personnages qui porte une voix spécifique sur le drame qui se déroule sous nos yeux, interrogent de façon intelligente et sensible, notre relation au Sacré, au Vivant, à la sexualité, au conformisme, à l’autorité, à la religion…. Cela forme au final, par jeux de résonnances, un tableau assez fidèle des questions fondamentales de notre époque. La différence, c’est qu’aujourd’hui, on ne brule plus des femmes comme Justine, guérisseuse, amoureuse du vivant, initiatrice … pour sorcellerie. Mais fait-on beaucoup mieux ? Quelle place pour la sensibilité, la poésie, la louange, la créativité, la connaissance intuitive… dans notre monde abreuvé de savoirs, de technologies, de scientisme? Quelle place pour la femme sage dans nos sociétés à dominante patriarcale? Quelle place pour les autres qu’humains dans le partage de nos territoires ?
Tout en nous portant par la puissance du récit, ce roman nous invite à réfléchir et ressentir en profondeur la vie que nous souhaitons voir advenir sur terre.
Christine Kristof